Zoom Rencontre avec Tiken Jah Fakoly

Tiken Jah Fakoly n’est plus à présenter. Homme engagé pour son continent à travers des textes forts, il était de passage à Abidjan pour 2 concerts pour présenter son nouvel album aux ivoiriens. Abidjan Planet a pu échanger avec lui sur sa vision et ses projets.

Pourquoi avoir choisi de baptiser votre nouvel album, ''Le monde est chaud''?

Pour sensibiliser sur l’urgence de la protection de l’environnement. C’est un thème et un combat pour l’humanité auquel j’ai voulu participer parce qu’il est très important pour notre survie. J’avais envie d’apporter ma petite contribution à cette lutte à travers la musique en espérant faire prendre conscience de l’urgence.

C’est votre deuxième duo avec SOPRANO. Pouvez-vous nous expliquer ce quivous rapproche de cet artiste et si vous prévoyez d’autres morceaux ensemble ?

Vu l’importance du message, j’avais envie de travailler avec un artiste qui est écouté par les enfants et les ados et pour moi il n’y avait pas mieux que Soprano. On a fait "Ouvre les frontières" et ça s’est bien passé surtout que Soprano a un public qui n’écouterait jamais Tiken Jah Fakoly. On s’était donc promis de refaire un autre titre ensemble. Il m’a ensuite invité sur son album avec le titre "Rampanpan". Après je lui ai envoyé un message pour savoir s’il voulait venir relayer un nouveau texte auprès de son public avec moi. Il a accepté tout de suite et on a donc enregistré "Le monde est chaud". J’ai beaucoup de respect pour cet artiste et je pense que c’est réciproque.

Ce nouvel album est voulu avec un engagement pour le climat cependant dans certains titres on comprend que vous avez encore des messages "d’actualité" à faire passer au monde mais surtout aux Africains. Pouvez-vous nous en parler ?

Le climat il y a urgence donc il fallait absolument en parler dans cet album. Il fallait même y consacrer 2 titres mais cela ne m’a pas empêché de continuer mon combat d’éveil des consciences et de sensibilisation. L’Afrique est dans un processus de réveil et de développement. Personne ne viendra changer le continent à notre place. Donc j’essaie à ma manière de le faire comprendre aux africains. Pour ne pas qu’ils attendent l’aide de l’Occident ou bien celle de Dieu. Celui-ci a déjà beaucoup de travail dans le monde et ça risque de durer. Les Africains doivent comprendre que personne ne viendra faire ces combats à leur place ! Nos parents se sont battus par le passé contre l’esclavage et la colonisation car ils savaient que ce qui était bon pour nous c’était l’indépendance. Nous ne devons pas rester assis. Si nous ne sommes pas d’accord avec le prix du carburant nous devons nous lever et manifester (comme peuvent le faire les occidentaux). C’est donc ce combat que je continue, celui de se battre pour nos droits et pour l’avenir de nos enfants.

Nous avons la chance d’avoir un merveilleux continent où tout est à faire et donc l’Afrique n’attend que ses enfants. Le jour où les africains vont se lever pour mettre la main à la pâte tout va bouger. C’est aussi ça la mission du reggae. Bob Marley avait commencé et moi je continue sur ce chemin. Enfin j’essaie de continuer ce combat-là.

Le titre "N'Gomi" est-il une réponse à ceux qui vous reprochent d'être devenu silencieux sur l’actualité africaine ?

Oui c’est un peu une réponse à ça. J’ai sorti plusieurs albums dans lesquels je dénonçais beaucoup de maux mais qui n’ont pas eu beaucoup de promotions en Côte d’Ivoire. Beaucoup pensaient que je ne disais ou faisais plus rien mais ce n’est pas vrai. J’ai fait de nombreuses vidéos pour dénoncer le mode de gouvernance actuelle. Certains ont donc cru que j’étais contre eux et ne comprenaient pas car ils pensaient que j’étais de leur côté. Ce qui n’était pas le cas, je suis neutre et membre d’aucun parti politique.

"N’Gomi" est une galette qui vient du Nord de la Côte d’Ivoire. Pour que celle-ci soit cuite il faut griller les 2 cotés… Un peu comme moi-même. Chacun m’accuse et m’en veut ce qui fait que je me retrouve grillé comme un N’Gomi. J’ai donc limité mes concerts dans mon propre pays car aucun sponsor ne voulait me suivre de peur d’être catalogué.

Vous êtes connu comme étant un précurseur, un engagé, d’une Afrique forte et soudée. Pensez-vous que cela sera possible un jour ? Cette Afrique sera-t-elle celle dont vous rêvez?

Quand je regarde les reportages sur l’histoire de la France ou des USA, cela me fait penser à ce que nous sommes en train de vivre. Ils ont dû passer par ces moments difficiles pour devenir grands et développés. L’Afrique est derrière parce que nous sommes divisés. Nous sommes 54 pays, les USA sont constitués de 52 états et 28 pays font l’Europe. Nous avons la majorité des matières premières dont les pays occidentaux ont besoin pour continuer leur développement, nous avons une population très jeune, nous sommes forts, la terre est fertile. Il n’y a pas de raison, si nous décidons de nous unir, que nous ne devenions pas un continent fort et stable un jour. Il faut retenir que cela fait à peine une cinquantaine d’années que nos pays ne sont plus colonisés et donc moi Tiken Jah Fakoly j’ai 51 ans je fais donc partie de la première génération d’africains libres ! Je me dis que si nous continuons à sensibiliser notre peuple, la cinquième génération d’africains libres sera à un niveau important donc je ne désespère pas. Je suis un africain optimiste à fond ! De ceux qui pensent le contraire je m’éloigne.

Un peu plus de vingt ans à dénoncer les dérives et autres comportements malsains. Pensez-vous que votre message et votre engagement soient encore bien perçus ?

Je pense qu’ils le sont. Quand on prêche comme je le fais c’est souvent des années après qu’on se rend compte du travail abattu. Si aux USA, Martin Luther King ou Malcom X n’avaient pas mené leur combat pour les droits des noirs américains, Barack Obama n’aurait jamais eu la clé de la Maison Blanche. Donc nous, on mène le combat aujourd’hui, même si on sait que le résultat ne sera pas de notre vivant. Il est important que nous plantions la graine car la jeunesse d’aujourd’hui est plus éveillée. Je l’arrose pour qu’elle pousse et je suis sûr que demain d’autres artistes ou politiques continueront le combat que nous avons commencé.

Vous n'êtes plus en exil. Mais vous ne vivez pourtant pas en Côte d'Ivoire. Qu'est-ce qui explique cela ?

Je suis un panafricaniste convaincu. Je me sens au Mali comme chez moi, au Burkina comme chez moi. Même si j’ai la nationalité ivoirienne et que je suis d’origine ivoirienne, je ne suis pas obligé d’y vivre. Quand j’ai été en exil pendant près de 5 ans, le Mali m’a accueilli comme chez moi et du coup j’ai eu du mal à partir. J’ai un business ici et un pied à terre. Je peux y venir quand je le souhaite et pour moi c’est le plus important.

En tant que panafricaniste, j’aimerais que l’Afrique devienne un seul et même pays un jour. C’est pour cela que j’ai l’habitude de me présenter comme un africain d’origine ivoirienne.

Nous sommes quasiment en fin d'année, pouvez-vous nous parler de vos projets futurs ?

Concernant la Côte d’Ivoire, je serai sur scène le 28 décembre prochain sur l’esplanade du Palais de la Culture à l’occasion du Festival Abidjan by Night. Je projette d’organiser un concert gratuit dans une ville ivoirienne ou un quartier d’Abidjan même si on n’a pas encore calé la date se sera peut-être en début d’année 2020.

En attendant je pars en tournée pour 2 mois avant de revenir ici en décembre.

Si vous deviez choisir un animal pour vous représenter ou votre combat lequel serait-ce ?

Je choisirai le lion en tant que rasta et aussi pour LE combat.

Merci pour votre attention et votre engagement Monsieur Tiken Jah !